humanitaire congo

Voyage humanitaire en République Démocratique du Congo

Témoignage de Claire qui est partie plusieurs mois dans un hôpital de brousse République Démocratique du Congo.

A l’âge de 19 ans, je réalise enfin mon premier rêve, partir faire de l’humanitaire. Un hôpital de brousse m’attend à  Kabinda dans le Kasaï oriental. Paris-Kinshasa-Mbuji Maï-Kabinda, un périple  de 4 jours, destination peu convoitée par le tourisme, peu d’amateurs blancs, je l’ai bien remarqué dans l’avion entre Kinshasa et Mbuji Maï (2 blancs sur 300 places), des yeux rivés sur moi se posent déjà… je me sens petite, très petite…, puis 10h de jeep afin de parcourir les derniers 100km avant de rejoindre le village de Kabinda, chaotique voyage !

Ma philosophie

Partir seule, une façon de me prouver que je suis quelqu’un qui sait prendre sa vie en main et aller jusqu’au bout de ses objectifs. Evidemment un peu inconsciente par rapport aux situations tragiques que j’allais rencontrer. CCA « C’est Ca l’Afrique », il peut arriver le pire comme le meilleur, et quand je parle de meilleur, là aussi  je sais de quoi je parle… j’y ai trouvé ma vocation : infirmière !

L’histoire de Mama Ndjibu

mamandjibuCette femme a vécu drame sur drame. Elle venait d’un petit village situé à 50km de Kabinda, à pied, accompagnée de son enfant de 3 ans et de sa sœur qui portait son second enfant âgé de quelques mois. Son aîné souffrait de malnutrition sévère, elle venait à l’hôpital pour le faire soigner. A son arrivée, l’enfant malade ne survit pas à la première nuit, Mama Ndjibu, ayant de la famille à Kabinda, porte le corps de son fils mort, en pleine nuit, jusqu’à sa famille afin d’être entourée et  se recueillir. Dans Kabinda, les rues sont dangereuses, ravinées par la saison des pluies. Dans la nuit sombre, elle tombe au fond d’un ravin de plusieurs mètres. On la retrouve et la secourt seulement le lendemain, elle est tétraplégique, son fils mort vient de passer la nuit dans ses bras.

Quelques jours plus tard, son second enfant meurt aussi, je n’en ai pas su la cause. C’est à partir de ce moment-là qu’on me demande de m’occuper d’elle, elle était très affaiblie, immobilisée sur son lit, elle avait besoin de massages. Sur place pas de fauteuil roulant, cette femme était donc condamnée à passer le restant de sa vie immobilisée. Je deviens sa masseuse alors que je n’avais que quelques notions de massages acquises dans la pratique du sport. Epaulée par Marc, un infirmier africain qui me traduisait, car la population dans cette région parle le kinsongué (un des dialectes congolais), je vais me rendre chaque jour à ses cotés et cela durant 2 mois. Au début elle était très méfiante, m’esquivant du regard, puis une complicité, malgré la barrière de la langue, s’est installée entre nous. Des progrès incroyables, elle avait une volonté de fer pour s’en sortir. Bref, un combat au quotidien qui a payé car avant mon départ j’ai eu le cadeau de voir cette femme debout marcher avec  l’aide d’une canne et de Marc à ses côtés.

Le cas d’Agathe

Et puis il y eut cette petite fille, que j’ai surnommé Agathe, grande prématurée, orpheline à peine sortie du ventre de sa mère, (celle-ci décéda à l’accouchement). Pas de famille pour l’accueillir, je l’ai nourrie par sonde naso-gastrique durant quelques semaines en l’entourant de beaucoup d’amour. Rassurée de la  laisser entre de bonnes mains, ce fut quand même difficile de rentrer en France sans elle…

Mon histoire avec Thérèse

Sûrement ce que j’ai vécu de plus douloureux. Thérèse, elle avait mon âge, 20ans, et déjà mère d’un petit garçon. Elle avait été opérée par un charlatan de son village. A son arrivée, trois opérations ont dû être pratiquées pour réparer les dégâts. Une femme que j’ai beaucoup aimée, qui m’a demandé de l’emmener en France pour qu’elle puisse guérir et vivre…  Elle est décédée un matin d’épuisement et de douleur. Amie immortelle, qui m’a bien souvent donné du courage.

De belles rencontres

Un homme, le Docteur Abdon Kikangala, médecin passionné par son travail, prêt à se battre pour aider son pays, m’a dit un jour : « Pourquoi ne ferais-tu pas médecin ou infirmière ? » Voici d’où est née ma vocation, d’un homme qui m’a appris à aimer soigner.

Nico, mon acolyte, étudiant français arrivé un mois plus tôt que moi, chargé des finances de l’hôpital. Je nous revois encore parler de bouffe, d’une bonne raclette, de chocolat,… tout sauf des patates douces, des bananes plantin, du biashi, et du poisson séché !
Partir dans la brousse, et se faire entourer de petits kabindais assoiffés de bonbons ou de sous pour les plus grands, des fois envie de tout envoyer valser !

femme africaine
Puis des délires bien appréciables quand les journées se font longues, que la famille se fait loin, et qu’on a besoin de vider son sac.

La brousse

Je me revois encore, prendre le chemin de ma case, le soir dans le noir, avec ma lampe frontale en chantonnant et tapant des pieds pour faire fuir les serpents.
Case convoitée par des petites bestioles, tels que les lézards, les cafards, les grenouilles, les moustiques et les grillons. Grillons (comestibles !) qu’on pouvait également retrouver dans nos assiettes, comme les  mouches en brochettes  ou les mafouss (vers qui se logent dans les cœurs de palmier) hummmm …

Dur de faire court quand on a vécu durant 4 mois sa première leçon de vie…

Bonne route à vous les baroudeurs ou futurs baroudeurs !
Claire

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